Retour sur la Conférence du Réseau RHF à Nouakchott
En mars 2019, s’est déroulé à Nouakchott la 52ème Conférence du Réseau Habitat et Francophonie, seul réseau francophone qui regroupe des opérateurs d’habitat, de logement et d’aménagement urbain issus de 17 pays, présents sur trois continents.
La conférence internationale de RHF a été accueilli par ISKAN Mauritanie. Le thème principal de la Conférence met en exergue la manière dont nous construisons ensemble une ville durable, inclusive et résiliente, articulant les politiques des autorités locales, les actions des opérateurs et celles de leurs partenaires locaux.
A titre liminaire, il convient de souligner ici la nature nomade du peuple mauritanien. De ce fait, il n’y a pas réellement de modèle pré-établi en matière d’habitat adapté à des environnements où le désert est très présent.
Pour Mokhtar El Hassen, « l’espace mauritanien a connu, dès le 9 ème siècle , ses villes caravanières et ses métropoles culturelles et politiques comme Aoudaghost, Oualata, Tichit, Chinguetti et Ouadane ».
Mauritanie, quels enjeux d’urbanisation et de développement ?
L’objectif premier des autorités à l’indépendance était d’offrir des logements aux fonctionnaires en créant des cités-quartier. Du fait de l’exode rural et du développement très rapide des villes, le plus difficile a été de tracer des rues et de viabiliser les quartiers. Il fallait aussi parer au plus pressé pour recaser les populations entassées dans des quartiers précaires autour des centres urbains.
D’après les chiffres communiqués par le Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme
en 1960 :
- 70% de la population était des nomades,
- 30% était sédentaire,
- 15% de la population habitait dans des villes,
- deux villes seulement comptaient plus de 5000 habitants.
En 1990, 6% de la population était nomade, 90% était sédentaire, 45% de la population habitait dans des villes, 50 villes comptaient plus de 5000 habitants.
Cette forte transformation du pays a entraîné une urbanisation trop rapide, sans planification ni infrastructures ni sécurité foncière.
Monsieur Wane Birane , conseiller du Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire nous présente la stratégie d’éradication des quartiers précaires et la politique de restructuration de ces quartiers. Celle-ci vise à mettre en oeuvre de véritables projets urbains, basés sur l’accès des ménages à la propriété foncière et la mise en place d’infrastructures et d’équipements de base. Les projets engagés doivent permettre d’assurer la cohérence du tissu urbain, de développer l’économie locale et de créer des emplois.
A noter que les constructions neuves relèvent à plus de 90% de l’auto-construction avec des crédits immobiliers qui sont, à plus de 90%, à court terme. Les banques n’investissent pas ou peu dans l’immobilier. Il n y a pas davantage de mécanismes de garanties du financement de l’habitat. Une stratégie nationale de l’habitat est en cours d’élaboration avec l’appui d’ONU HABITAT. En dehors des villes qui ont connu une croissance exponentielle, il reste également des problèmes urgents à régler par rapport à l’habitat rural.
Nouakchott face aux défis urbains.
Nouakchott a connu une extension spatiale très rapide, de 0,5 kilomètres carrés à la fin des années 50 à 201 kilomètres carrés en 2013. Cet accroissement urbain s’exprime également en termes démographiques avec une progression de la population urbaine d’un peu plus de 4% par an. La population avoisine 1.100.000 habitants en 2018.
Fatimatou Mint Boukreiss, chargée de mission à la Présidence du Conseil Régional de Nouakchott souligne les efforts de la Région pour rendre la ville résiliente. La ville connaît une situation fragile du fait de multiples risques à prendre en compte.
Des risques naturels à prendre en compte
Le cordon dunaire est entamé, présente des brèches à certains endroits. Il enregistre des changements de direction des vents dominants et une baisse d’alimentation du cordon. L’extraction de sable pour la construction contribue à le fragiliser.
Des risques d’inondation par submersion ont été identifiés du fait de la topographie des lieux (zones inondables). Ils sont également causés par la survenance de tempêtes et les activités humaines qui dégradent le cordon littoral. L’avancée des dunes, difficiles à contenir représente également une menace pour Nouakchott. A ces éléments s’ajoutent des problèmes d’assainissement avec un réseau peu développé. A noter également un traitement des ordures ménagères insuffisant qui génère des risques de pollution.
Face à ce constat, le Conseil Régional a engagé un processus de réflexion stratégique. Un diagnostic des risques liés au changement climatique a été réalisé. Une méthodologie en partenariat avec l’AIMF a été formalisée pour y faire face. Ces réflexions ont donné lieu à un nouveau schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme. Cet outil est en cours de validation, en association avec la coopération japonaise (JICA) et le MHUAT. Enfin, le Conseil Régional a établi un nouveau programme d’investissement durable avec le Fond d’Intervention Climatique de l’ONU.
En conclusion, des programmes et plans d’action sont en cours d
e déploiement, pour faire face aux effets du changement climatique. Il s’agit avant tout de se doter d’outils de planification urbaine, avec la participation des acteurs et des autorités locales. L’objectif est de faire de Nouakchott une ville plus durable et résiliente.
Les travaux de la 52ème Conférence sont en ligne sur le site du Réseau Habitat et Francophonie : http://habitatfrancophonie.or