Les tribulations d’Albert, manager transversal 1/4

, le

, ,

Toute ressemblance avec des situations réelles ou des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite !

Albert Travers, 28 ans, vient d’être recruté il y a 2 mois par la SAHLM Le Foyer Jules Joyeux, qui gère 10.100 logements. Il est responsable de la plus petite des 3 agences du bailleur avec un patrimoine de 2.500 logements sur deux communes dont un site en rénovation urbaine. Il manage une équipe de 20 collaborateurs : 15 gardiens, 3 chargées de clientèle qui managent chacune 5 gardiens et 2 techniciens d’agence. Gérard Lhabitant, DG de la SAHLM lui a demandé de prendre en charge en complément de sa mission l’actualisation du plan stratégique de patrimoine (PSP), ce qu’Albert a accepté après quelques hésitations.

La réunion du comité de pilotage

Gérard Lhabitant introduit la réunion du premier comité de pilotage (COPIL), il rappelle les enjeux et objectifs très importants de cette mission d’actualisation du PSP et fait appel à l’esprit de responsabilité des membres du COPIL pour faire de cet objectif confié à Albert une priorité parmi les priorités.

Laurent Bataille, directeur de la stratégie et du patrimoine regrette qu’il n’ait pas été associé par la direction au choix d’Albert en tant que chargé de mission PSP. Lui et ses équipes sont particulièrement mobilisés en ce moment par le lancement des nouveaux marchés de construction et de rénovation du patrimoine. La dématérialisation des consultations est un vrai casse-tête. Il ne pourra pas se libérer avant 60 jours et propose en conséquence de différer de trois mois le lancement de ce projet.

Jeanne Bienvenut, acquiesce aux propos de Laurent. En tant que DRH de l’organisme, elle rappelle qu’il y a trop de projets en même temps, on frôle la catastrophe. Deux managers et non des moindres sont déjà proches de l’épuisement professionnel. Il faut à tout prix ralentir la cadence et reporter à l’année prochaine certains projets dont celui-là. Il faudrait d’ailleurs qu’on en parle au prochain comité de direction. Ca ne peut plus durer.

Ahmed Sarfaoui et Ronan Legloasguen, les deux techniciens de maintenance présents au COPIL restent silencieux. Une partie de ces débats ne les concernent pas. Pourquoi ne règlent-ils pas ça au CODIR ? Nous sommes en février et 55% du budget de maintenance est déjà consommé sans avoir réellement de visibilité sur les choix d’investissement. C’est préoccupant.

Hervé Joyeux, responsable de l’agence Centre, la plus importante, et par ailleurs petit-fils du fondateur de la société d’HLM, intervient pour calmer le jeu : « tout ça n’est pas très grave. Nous avons connu par le passé d’autres périodes un peu compliquées et on s’en est très bien sorti. C’est d’ailleurs pour cela que le DG a confié le PSP au nouvel arrivant et je soutiens ce choix. Notre plan stratégique de patrimoine date de 2011, depuis nous avons construit plus de 1.100 logements neufs, rénové deux sites ANRU. Cela ne peut plus durer. Le patrimoine n’est pas piloté, les décisions d’investissement sont prises en dépit du bon sens. Il nous faut réagir et vite. Les besoins de nos locataires ne sont pas pris en compte et j’ai dans mon agence, de multiples demandes de travaux lourds que je ne peux pas honorer. L’amicale de locataires dont le Président est administrateur de notre société envisage d’ailleurs de faire circuler une pétition et prépare déjà un communiqué de presse. »

Vu le climat un peu tendu, Albert prend la parole : »je viens d’arriver et donc je ne connais pas très bien le Foyer Jules Joyeux. Tous les échanges que j’ai eus pour préparer ce COPIL montrent un fort engagement du personnel et des managers et un réel intérêt pour ce projet. Aussi je vous propose une démarche d’actualisation du PSP sur 9 mois qui associe l’ensemble des directions et des services concernés. J’ai besoin de constituer d’ici la fin du mois une équipe projet de 5 personnes, dont 2 membres volontaires de ce COPIL qui accepteraient de faire partie de l’équipe. Y at-il des volontaires parmi vous ? »

Un silence de quelques instants s’installe. Laurent, un peu agacé, intervient : « je ne sais pas combien de projets Albert a déjà mené à terme mais j’ai un peu de mal à accepter cette confusion des genres entre la fonction de pilotage et celle de membre de l’équipe-projet. Cela ne me parait pas compatible. A chacun son rôle. Nous sommes là pour donner les orientations et faciliter la réalisation du PSP et pas pour en assurer la rédaction détaillée ! »

Ahmed et Ronan se regardent, Ahmed propose que les deux techniciens de maintenance fassent partie de l’équipe-projet et ainsi assurent le lien avec le comité de pilotage. Le DG valide aussitôt cette suggestion et demande à Albert de présenter de manière plus détaillée le projet. Albert présente dans un grand silence un premier planning de réalisation. Laurent s’excuse et quitte la réunion. Il a un rendez-vous important avec l’Etat dans 15 minutes. Les autres écoutent religieusement la présentation d’Albert. Ils auront une copie du power point.

Josyane Leriche, la responsable du centre de relations client constate que rien n’est prévu pour associer les locataires à ce travail de réflexion stratégique. Elle propose d’informer le Conseil de Concertation Locative (CCL) de ce projet lors de la prochaine réunion qui a lieu dans un mois. D’ici là, elle demande à Albert de lui proposer un texte qu’elle pourrait faire passer au CCL.

Une nouvelle discussion s’engage. « Au-delà d’une première information, je ne vois pas très bien la place des locataires dans ce débat. On est sur un sujet technique et en partie stratégique », affirme Jeanne.

Hervé n’est pas d’accord : « c’est une vision un peu étriquée de la réalité. Pour qui travaillons nous ? Qui nous paye ? Les locataires ont besoin de vivre en sécurité dans nos logements et avec tout le confort moderne tout en maîtrisant les charges locatives. A l’évidence ils sont concernés par le plan stratégique de patrimoine. Créons une commission de travail avec 9 locataires, 3 par agence, comme ça on avance. »

Gérard Lhabitant indique que cela lui paraît prématuré de réunir cette commission. « Laissons travailler Albert, on en reparlera au prochain COPIL qui a lieu dans deux mois. Je vous remercie tous pour votre participation. C’est important que nous mettions ce projet sur les rails, sans tarder, contrairement à ce que certains en pensent et j’ai toute confiance en Albert pour mener à bien cette mission transversale. Merci à tous. »

S’il était possible de refaire cette réunion du Comité de pilotage, quels conseils donneriez-vous à Albert ?

Laisser un commentaire