Les cyclones et ouragans de ces dernières semaines ont souvent eu un effet dévastateur sur l’habitat et ont fortement touché les habitants à Saint Martin, Saint Barthélémy, Barbade mais aussi plus récemment avec le cyclone MARIA à la Dominique, à Porto Rico, aux Saintes, sur La Basse Terre de l’archipel guadeloupéen et en Martinique.
La solidarité nationale est sollicitée. Le traitement curatif et un management post-crise sont enclenchés avec les interventions d’urgence.
Bien qu’il soit trop tôt pour tirer des enseignements de la gestion de crise, l’actualité récente de Saint Martin interroge.
L’impatience, voire la colère des habitants après IRMA s’est souvent exprimée et démontre à l’évidence que nous n’avons pas tous les mêmes capacités de distanciation et d’adaptation au stress et à de événements qui peuvent être traumatiques.
Des bailleurs sociaux en action
La partie française de SAINT MARTIN compte environs 2.700 logements sociaux, gérés par trois bailleurs sociaux : SEMSAMAR, SIG et SIKOA qui totalisent près de 35.000 logements dans les Antilles.
La SEMSAMAR (qui gère 2000 logements et dispose d’un siège à Saint Martin) s’était organisée dès avant le passage de l’ouragan pour être prête à intervenir au plus tôt. Après le passage dévastateur d’IRMA et l’annonce de l’imminence de José ce nouvel ouragan qui a finalement épargné l’île, il a fallu un délai de plusieurs jours pour acheminer les secours et équipements de première nécessité, commencer à évaluer les dégâts, engager le déblaiement, répondre aux demandes d’évacuation de la population locale et des touristes.
Très vite après IRMA, les bailleurs sociaux de Martinique et de Guadeloupe se sont concertés pour évaluer le nombre de logements qu’ils pouvaient dès à présent mettre à disposition des sinistrés. En Guadeloupe ce sont plus de 1.000 logements proposés par les cinq bailleurs. Restera la question de l’équipement de ces logements à envisager notamment en lien avec les associations caritatives et la solidarité dont peuvent faire preuve les populations et les entreprises, appuyés par la Fondation de France.
L’AGLS, l’association d’accompagnement social lié au logement qui travaille avec les bailleurs est prête à mettre en œuvre un dispositif d’accueil, d’orientation et de suivi social des sinistrés relogés en Guadeloupe. L’écoute des familles, l’échange sur leur projet de logement temporaire et leur retour à Saint Martin constituent des aspects importants pour engager ensuite un accompagnement personnalisé et sur-mesure.
Manager la gestion post-crise après le passage d’IRMA à Saint Martin
Aujourd’hui à Saint Martin l’évacuation des sinistrés est toujours encore en cours. Ici et là, les personnes évacuées de Saint Martin sont dénomées « rapatriés » au sens de rapatriement sanitaire. Ce terme sonne bizarrement, évoque parfois pour certains des souvenirs douloureux. Je parlerai plus volontiers de victimes, de personnes déplacées ou de sinistrés. Les qualificatifs employés pour désigner les victimes ont leur importance en termes d’attention portée à ces personnes…
Les images télévisuelles et les premiers témoignages ont montré combien les habitants avaient subi la violence du choc de l’ouragan.
Un choc qui peut aussi donner lieu à un état de stress post-traumatique compte tenu de la violence exercée par la catastrophe sur les victimes et des peurs générées quant à la survie face à une telle catastrophe.
A-t-on suffisamment pris en compte aujourd’hui cet état de stress, a-t-on suffisamment écouté et rassuré les sinistrés et ce malgré la présence de quelques cellules d’urgence médico-psychologique organisées dans les aéroports et sur place ?
L’expression de forts mécontentements des sinistrés voire de sentiment de révolte par rapport à la manière dont la crise a été gérée montrent l’enjeu collectif d’une gestion psychologique de la crise qui prend ici tout son sens.
Management post-crise à l’écoute des sinistrés
Plusieurs étapes peuvent être mis en place : déchocage à chaud (désamorçage immédiatement après le passage de l’ouragan) pour des groupes de 7 à 15 personnes, débriefing post-ouragan deux à dix jours après la catastrophe, avec des groupes d’habitants d’une dizaine de personnes, avec la possibilité d’organiser autant de groupes que nécessaire autour d’échanges sur « ce que j’ai vu, ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que j’ai ressenti, ce que je ressens ici et maintenant. »
Localement on a plutôt misé sur la restauration des conditions de vie économiques et matérielles au sens des besoins essentiels de la pyramide de Maslow et notamment les 2 premiers paliers de cette pyramide qui visent à satisfaire les besoins physiologiques et de sécurité.
C’est ainsi que l’action d’urgence est centrée, – à raison -, sur l’eau potable, l’électricité, l’alimentation, le bâchage des habitations quand c’est possible, la remise en route du réseau de télécommunications, la recherche de mobilier et de vêtements pour ceux qui souvent ont tout perdu, la suspension des remboursements de prêts auprès des banques et la mise en place de secours financiers… On le voit l’organisation de la gestion de crise touche à de multiples dimensions et de multiples acteurs dont le consensus n’est pas toujours aisé à obtenir malgré le sentiment d’urgence.
La coordination des gestions de crise des autorités, des chambres consulaires, des entreprises, des associations, des collectivités n’est pas toujours de tout repos, y compris pour rendre lisible au quotidien le bien-fondé des actions engagées.
Il faudrait aussi pouvoir davantage prendre en compte l’état psychologique des sinistrés, engager des actions fortes auprès des habitants qui le souhaitent (ceux restés sur l’île ou les personnes déplacées) pour qu’ils puissent exprimer leur vécu et leur ressenti de la catastrophe et être écoutés, rassurés quant au choc et au stress qu’ils ont ressentis.
Reste la question délicate du retour d’expérience de cette gestion de crise. Faut-il attendre que la reconstruction soit engagée ou ne serait-il pas utile d’intégrer dès maintenant quelques séquences de feed-back dans le management de ce dispositif ? La question est ouverte.